LOVE CANAL

2017

film
18 minutes

DCP 2K - sound 5.1




Il a y 300 millions d’années, le Nord de la France était un marécage.
Il y a 140 ans, un canal est creusé et jamais mis en eau.
Un jour, des vagabonds décident de descendre un fleuve invisible et ramassent en chemin les débris d’un monde pour en commencer un autre.

300 million years ago, the north of France was a wetland.
140 years ago, a canal is dug and never filled with water.
One day, vagabonds decide to go down an invisible river and pick on the way débris of a world to start a new one.




avec
Adrien Chevrot
Regina Demina
Thibaud Le Maguer
Victor Vaysse

réalisation, écriture
Elsa Brès

directeur de la photographie
Joris Cottin

assistant réalisatrice
Léo Pacquelet

montage
Isabelle Prim, Elsa Brès

sculptures et décor
Elsa Brès

création sonore
Méryll Ampe

musique de fin
Yong Yong 

ingénieur du son
Sébastien Eugène

montage son et mixage
Maxence Ciekawy

étalonnage
Baptiste Evrard

texte de Yannick Haenel publié dans le catalogue Roman - Panorama 19

(english below)

“Et voici que l’espace s’élargit encore, voici que la terre s’ouvre, et qu’on s’enfonce dans l’ouverture elle-même. Existe-t-elle, la libre étendue, celle qui nous accorde à l’espace libre pour le jeu du temps ? J’accompagne les explorateurs de Love Canal, le film d’ELSA BRÈS, je suis leur déambulation à l’intérieur d’un canal abandonné (mais la terre est-elle abandonnée? La terre peut-elle être seule ?) C’est un voyage au pays des gouffres, auquel nous convie ELSA BRÈS ; et à travers cette quête pour recueillir les débris minéraux d’un monde en friche, il s’agit de fonder un nouveau rapport, peut-être même un nouveau monde (car le monde n’existe que par le rapport qu’on a avec lui). Les prélèvements forment-ils une histoire?

Le geste qui motive la prospection minérale déployée dans ce film ne renvoie qu’à la relance d’une énigme : on croise la ruine d’une voiture, un smartphone brisé qui anticipe et signe toutes les brisures à l’oeuvre, celle que la technique

fait subir aux roches, aux pierres, au monde lui-même, dont la matière s’effrite, se dissout et fond, jusqu’à son propre devenir-trou, où l’on saute à son tour pour entrer dans le noir. L’absence de matière existe-t-elle ? Le trou, le noir, le trou noir, peut-on les rencontrer ? Il me semble que ces questions trament ce film comme un sable énigmatique ; elles interrogent moins l’origine que le futur de la pierre, et celui de toute forme. La petite communauté d’êtres humains qui cherchent ce futur en s’enfonçant toujours plus loin dans la division de l’être, dans le morcellement de la physis, semble s’ouvrir à une transmission sans limite, celle qui fait passer les morceaux de la terre d’une main à une autre, celle qui découvre et fait naître, et, en veillant sur la matière, nous confie sa métamorphose.”




“I accompany the explorers of Love Canal, the film by ELSA BRÈS, I follow their wandering inside an abandoned canal (but is the earth abandoned? Can the earth be alone?).

It is a journey into the land of abysses that we go on with ELSA BRÈS, and the quest to gather the min-eral debris of an untilled world is about founding a new relation (for the world exists only through the relation we have with it).

Do samples form a story? The gesture motivating the minimal prospecting pursued in the film does not send us on to a new enigma: we come across the ruin of a car, a shattered smartphone that antic-ipates and embodies all the breakages at work here, the one that technology inflicts on rocks, on stones, on the world itself, whose matter is crumbling, dis-solving and melting, until it turns into a hole, a hole we leap into to enter the dark.

The little community of human beings that seek this future by plunging ever deeper in the division of being, in the fragmentation of the physis, seems to open onto a limitless transmission, the one that makes bits of earth go from one hand to another, the one that discovers and brings to birth and, in watch-ing over matter, entrusts us with its metamorphosis.”